Cette série rend hommage à des jeunes femmes entre dix-huit et  vint-cinq ans, aux parcours de vie résiliants. Dans cette période complexe du passage à l’âge adulte, où d’autres adolescents, plus chanceux, se construisent, avec le soutien de leurs parents, elles ont toutes fait l’expérience traumatique, d’une situation de rupture et de précarité, dans l'enfance, ou juste avant  l’âge charnière de 17 ans.  
Malgré les déménagements répétés, dans les foyers, les familles d’accueil, parfois un passage dans la rue ou encore  un recours à la prostitution pour certaines, malgré les violences verbales et physiques, elles avancent et se reconstruisent. une fois majeur, elles sont nombreuses à dénoncer la sortie sèche de l’Aide Social à l’Enfance, à l’âge fatidique de dix-huit an-et-un-jour. Ces jeunes femmes m’ont touchées. Elles sont toutes a mes yeux des Héroïnes.

HERIA, 20 ans  « Mon papa était malade, nous avons été expulsé de notre logement quand j'avais seize ans. A cette époque, mon père habitait dans des chambres d’hôtels, mises à disposition par le 115. Comme, il voulait le meilleur pour moi, il m’a placé dans la structure Etape Ado, qui est un foyer d’accueil d’urgence pour mineurs. J’ai ensuite été hébergée au Relais Parental de la Croix Rouge. La-bas, j’ai reçu beaucoup d’amour et d’aide. Je me sens privilégiée d’avoir été si bien encadrée. Je sais que d’autre ont eu moins de chance. »

CHRISTY, 19 ans « Je suis au Centre d’Hébergement d’Urgence, depuis trois mois maintenant. Je ne sais pas comment expliquer. Je crois que je suis arrivée ici, suite à des violences à la maison. Je n’ai pas la même orientation sexuelle que mes frères et soeurs. C’est un de mes professeur, au lycée, qui m’a orienté vers le Centre d'Hébergement d'urgence, car un de mes agresseurs était dans mon établissement. Je ne sais pas quoi dire. C’était mon ancien meilleur ami. »

AUDREY, 18 ans « Avec mon frère et ma soeur, on subissait beaucoup de violences à la maison. J’ai été placée en foyer. J’avais neuf ans. Je me suis sentie abandonnée. Maintenant, j’ai dix-huit ans, je veux faire une école pour devenir éducatrice et me spécialiser dans la protection de l’enfance. »

LAURA, 20 ans et CLEM, 18 ans « J’ai été placée à l’âge de trois ans dans un Village d’enfants. Dans ma famille, il y avait beaucoup de violences conjugales. Mon père était alcoolique. Il est décédé quand j’avais cinq ans. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de lui, et je n’ai pas envie d’en avoir. Clem est arrivée au village, quand elle avait dix ans. On a constaté que l’on avait à peu près la même histoire. Elle aussi son père est décédé à cause de l’alcool. »

Héria

CAMILLE, 21 ans « Quand j’étais en foyer, j’écoutais beaucoup de musique. L’art parvenait à m’apaiser et à me guérir. Il opérait sur moi comme des mains guérisseuses. Je me suis donc servie des miennes pour me réparer en utilisant l’écriture et le dessin. »

CAROLINE, 20 ans « J’ai été placée à l’âge de cinq ans. Dans ma famille, nous sommes une fratrie de huit. Nous avons été confié à un village d’enfants. Dans les villages d’enfants, il y a environ six enfants par pavillon. Une mère SOS s’occupe de nous, elle est présente trois semaines, puis une aide familiale prend le relais pendant dix jours. La-bas, j’ai eu le choix de la vie que je voulais mener. Ma mère est sourde et muette. Je ne sais pas ce qu’elle ressent, ni ce qu’elle pense. Elle parle le langage des signes. Moi je l’ai oublié.»

GABRIELLE, 21 ans  « Comme je venais d’un milieu ou il n’y avait que du viols, je n’ai pas réussi à m’intégrer. J’ai changé plusieurs fois de famille. La dernière était très gentille, ils m’ont donné les clés.»

CAMELIA, 23 ans « A l’internat, une fille sortait avec un homme qui portait le même nom que mon père. Après enquête, le jour de mon 17ème anniversaire, j’ai découvert que c’était lui. Je l’ai rencontré, sauf que tout est allé trop vite pour moi. Dans son comportement, on aurait dit qu’il ne m’avait jamais abandonné. Je n’ai pas réussi à accueillir cette relation. J’avais connu trop de ruptures.»

Squat

Héria

CHANCELLE, 25 ans « Cela fait deux ans que je suis au Centre d’Hébergement d’Urgence. J'ai été victime de violences. J’ai quitté le Cameroun en passant par la Turquie puis la Grèce. Je suis arrivée en France, à Metz. Comme j’étais toute seule et que je n’avais pas de famille, j’ai passé trois jours à la gare. J’ai du faire confiance à une dame dans la rue qui m’a amené chez elle. C’était une maison close. J’ai été forcé à me prostituer. Ils ont abusé de moi. Au bout de quelques mois, j’ai réussi à m’échapper.»

GABRIELLE, 21 ans « Petite, j’ai fait deux AVC. Le dernier m’a rendu hémiplégique, de tout mon coté droit. Mon papa est décédé quand j’avais quatre ans, suite à des violences conjugales. Ma mère, elle se droguait à l’héroïne. En foyer, comme j’étais la seule handicapée, il y avait beaucoup de moqueries, de jugements, de viols. J’ai tout vécu et tout le temps. J’ai été violentée par les jeunes, mais aussi par les adultes. Après mes huit ans, un jugement a été prononcé, et toutes les précautions ont été prises pour que je sois placée en famille d’accueil. »

Squat

MAEVA, 18 ans « Mon père est en prison. Je vivais chez mes deux parents, mais mon père m’a fait quelque chose. Il a pris une peine de quinze ans. Quand j’ai eu seize ans, ma mère est partie vivre chez son copain, à six heures d’ici. Je suis restée avec ma soeur dans notre maison, mais cela ne c’est pas bien passé. Elle me reprochait l’incarcération de notre père. Je n’ai pas souvent été chez moi. A cette époque, je séjournais régulièrement dans une clinique psychiatrique.»

NUMIDIA, 18 ans« Mon père me violentait. Il m’interdisait d’avoir une vie sociale. Il disait que c’était pour mon bien. J’y ai cru, il agissait par amour. Mais quand, dans ma famille, j’ai vécu cette agression sexuelle, je me suis rendue compte qu’il ne me protégeait pas. J’ai porté plainte au commissariat de police. Le soir même, j’étais placée dans un  appartement et je n’ai plus revu mes parents. »

MEDINA, 20 ans « J’ai été placée petite, j’ai déménagé plus de quinze fois entre mes sept et mes dix-neuf ans. Ma mère, c’est compliqué parce qu’elle me fait beaucoup de crasses. Elle a essayé de m’arranger un mariage forcé. Elle ne m’a pas cru quand je lui ai dit que mon beau-père me faisait des attouchements. Il s’est passé beaucoup de choses. Il y a eu beaucoup de mensonges. Elle ne m’a pas dit que mon père était vivant jusqu’à l’âge de mes onze ans.                             Mon premier appartement, je l’ai eu à quinze ans. J’étais dans une nouvelle ville et je ne connaissais personne. Comme je ne faisais rien de mes journées, je me suis demandée ce que je pourrais faire pour gagner de l’argent. Je me suis dit que j’allais faire de la prostitution. Au début, je l’ai fait par petite période, après je l‘ai refait, à dix-sept ans et à… je crois que… c’est tout. A dix-huit ans aussi, je sais pas, je sais plus…J’étais mineure, mais je sais que tous les gens que je rencontrais étaient majeurs. Il y en avait qui avaient des cheveux blancs. Je ne demandais pas l’âge car je ne voulais pas être dégoutée. Je faisais des promos selon les saisons, pour les fêtes de Noël, je baissais jusqu’à 50%. »

FATOU, 24 ans « J’ai vécu et vu beaucoup de violences au sein de ma famille. Au Sénégal, pendant deux ans, j’ai été enfant esclave, enfant qui travaille. J’avais neuf ans. Arrivée chez ma mère, en France, l’ambiance était macabre. Je me suis vite retrouvée dans la réalité, dans la rue. J’ai essayé de faire du mieux que je pouvais. Je dirais que la rue m’a apporté une certaine maturité, que les jeunes de mon âge n’ont pas, une certaine méfiance aussi envers l’être humain. Dans la rue, en tant que femme, on peut se faire voler, violer, subir des attouchements sexuelles… Bon bref, j’ai vécu tout ça, mais ça m’a rendu plus forte. Aujourd’hui, je veux réussir et travailler dans le domaine des métiers de la mode .»

SATOU, 23 ans « Je suis au Centre d’Hébergement d’Urgence depuis maintenant quatre mois. Je suis arrivée ici suite à un parcours d’errance. De mes onze ans à mes dix-huit ans, j’étais un peu partout, dehors, chez des voisines, chez des amis. Si ma mère décidait de ne pas m’ouvrir la porte, je devais attendre dehors jusqu’au lendemain matin. Soit je restais dans la cours, soit je tournais, je prenais des bus de nuit. J’attendais que le temps passe. J’étais au collège en 6ème ou 5ème. Je ne sais pas pourquoi ma mère me faisait ça. Elle ne l’a pas fait à ma grande soeur. Quand j’étais petite, c’était moins dur. Car je me disais que j’avais fait une bêtise et qu’elle me punissait. Mais quand j’ai commencé à avoir seize ans, je n’ai plus supporté. »

OCEANNE, 20 ans « Je suis placée depuis l’âge de douze ans. J’ai vécu en foyer, puis dans différentes familles d’accueil. J’ai connu beaucoup de ruptures, et d’instabilité plus jeune. Je m’attachais aux gens et brutalement, il fallait déménager, changer de famille, changer de ville. Quand j’ai eu mon enfant, j’avais seize ans, j’étais encore placée. Sa naissance a réveillé en moi, certains souvenirs. J’ai connu de l’inceste petite. J’ai commencé à faire des cauchemars, ou plutôt des flashs back. J’ai été diagnostiquée dépressive, et j’ai fait un séjour à l’hôpital. Cela fait maintenant huit mois que je suis au Centre d’Hébergement d’Urgence. Ça va mieux. Maintenant ces traumas sont ma force. Aujourd’hui, j’entame un parcours judiciaire, bien que mon père ai déjà été incarcéré pour viols sur plusieurs femmes. »

ALISSA, 26 ans. « Je suis née à Saint Pétersbourg, en Russie. Ma mère m’a kidnappé à l’âge de cinq ans et nous avons suivi cet homme en France, sans que mon père ne puisse s’y opposer. A quinze ans, j’ai connu une situation d’errance. Je dormais parfois chez des amis, dehors, dans des halls d’immeubles, dans les trous des ponts à Nantes.»

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